MOTIVATION, COMMENT TROUVER L’INTERRUPTEUR ?

On oppose souvent la procrastination, dérivée du latin cras « demain » avec son cortège d’échecs à la motivation, du latin movere, se « mettre en mouvement ». Or procrastiner est très souvent un formidable indicateur que l’on est sur une mauvaise direction ou que l’on ne dispose pas d’assez d’éléments pour avancer …

La bonne nouvelle (et c’en est vraiment une !), c’est qu’il existe des stratégies. Identifier la bonne stratégie dépend des raisons pour lesquelles vous remettez à plus tard ce que vous avez à faire.

Voici quelques astuces pour (re)trouver la motivation et se remettre en mouvement.

#1 LESS IS MORE, OU SE CONCENTRER SUR CE QUI EST VRAIMENT IMPORTANT

Une étude indique que 41% de notre temps est consacré à des tâches à très faible valeur ajoutée ! Très clairement, une part importante de nos activités gagnerait à être déléguée, sous-traitée voire totalement supprimée.

A la maison, privilégiez le partage des tâches. Et lorsque c’est possible, délestez-vous de certaines activités (tâches ménagères, courses …) au profit de temps pour soi et avec son entourage.

Au bureau, tentez l’expérience suivante : pendant deux à 3 semaines (pour bien identifier les tâches récurrentes), listez toutes les activités du jour et cochez pour chacune (à déléguer, à sous-traiter ou à supprimer).

Les tâches à sous-traiter devront bien-sûr être négociées avec votre management ou avec vos partenaires/associés. Vous respirez déjà mieux, n’est-ce pas ?

#2 ÊTRE MAÎTRE DE SON TEMPS : ÊTES-VOUS MANAGER OU MAKER ?

Encore trop souvent nous avons une posture défensive dans notre rapport au travail, en répondant aux différentes sollicitations de la journée. Chercher une attitude offensive procure évidement plus de satisfaction. Jeremiah Dillon, Head of Product Marketing pour Google Apps for Work distingue le manager du maker (ou « créateur»). Un manager a tendance a découper sa journée en une multitude de sessions courtes, ce qui a un impact fort sur la concentration et à terme sur la productivité … car le temps d’entrer dans un sujet, il est déjà temps de passer à une autre activité. Le maker, quant à lui, privilégie des sessions de travail par demi-journées voire des journées entières quand c’est possible. C’est pendant ces plages horaires, qu’il peut réfléchir, analyser et concevoir. Indiquez clairement dans votre agenda les sessions consacrées au « faire » et encouragez votre entourage à le préciser aussi. Ainsi, lorsque vous planifiez une réunion ou un RV sur ce temps, vous savez que c’est au détriment d’un moment de création. Peut-être constaterez-vous une baisse du nombre et/ou de la durée des réunions !

Maker-agenda

Dillon expose son point de vue dans ce post Medium.

#3 IDENTIFIER L’ORIENTATION DE SA MOTIVATION : ALLER VERS OU S’ÉLOIGNER DE ?

La déception est souvent grande, lorsque qu’un objectif n’est pas atteint. Quand çà se répète régulièrement, on peut s’interroger… Quand vous pensez à vos vacances, quelles sont vos motivations ? Quitter le stress urbain, ne plus penser au travail ? Ou bien est-ce faire le tour d’une île en bateau, passer un moment avec des amis et/ou la famille, découvrir une ville , une culture… ? Ce type de remarques vous est-il familier : « je t’ai fait x propositions de destinations et de concepts de voyage, et tu n’as pas d’avis … pire, tu me dis de choisir moi-même. C’est comme si çà ne t’intéressait pas » ? Ne pas connaître l’orientation de sa motivation lors du choix des vacances, peut-être une réelle cause de conflit dans un couple, une famille… En réalité, ce qui importe pour la personne qui ne semble pas avoir d’avis, c’est de s’éloigner de son quotidien, quelque soit le choix de la destination …

Quand vous postulez à un job, est-ce pour suivre votre vocation, avoir des responsabilités ou bien est-ce pour ne plus passer une heure dans les transports, ne plus penser à la pile de factures qui s’entassent, ne plus travailler avec Internet Explorer 3 ?

Choisir un vêtement c’est, pour vous, répondre à un besoin fonctionnel (coller au dress code du bureau), créer un style, ou bien se changer les idées ?

Dans un cas, vous vous projetez dans l’avenir, dans l’autre, vous vous éloignez d’une situation qui vous déplait. Vous vous reconnaissez dans ces deux cas de figure ? C’est normal, ces deux types d’orientation peuvent cohabiter au sein d’une même personne ! D’où l’importance de bien contextualiser ses objectifs. Par exemple, vous participez à ce projet aujourd’hui pour briser votre routine actuelle et « demain » vous postulerez au job de vos rêves. Il s’agit toujours ici de votre situation professionnelle mais l’orientation est différente selon le contexte.

#4 TENIR UN JOURNAL DES MOMENTS OÙ L’ON S’EST SENTI TRÈS MOTIVÉ(E)

Le psychologue Csíkszentmihályi a étudié ce que ressentaient des personnes qui étaient dans un état de réelle plénitude en réalisant une activité. Cet état, qu’il qualifie de flow, est identique que l’on soit en train d’escalader une falaise, cuisiner un risotto, concevoir un tableur Excel ou que l’on joue du piano !

En état de « flow » :

  • la concentration est maximale
  • on est pleinement dans l’instant présent, totalement absorbé par l’occupation
  • la situation est sous contrôle
  • le temps est comme suspendu : soit il passe très lentement ou au contraire très vite
  • la perception de l’ego se dissout au profit de quelque chose de plus grand que soit
  • on est pleinement engagé dans ce que l’on fait avec un sentiment d’accomplissement

Cet état n’est pas permanent, mais sa fréquence procure un bien-être durable. Trois conditions reviennent régulièrement pour expérimenter le flow : le but de l’activité est clair (jouer cette partition), les effets sont visibles immédiatement (je produis un son), il y a une difficulté ou un défi mais c’est surmontable (il manque une partie de la partition mais je m’en rappelle, donc je devrais pouvoir jouer le morceau sans). En effet, si l’activité est trop simple, l’ennui est un risque vite arrivé !

En identifiant les moments pendant lesquels vous êtes très motivé, vous connaissez ainsi les conditions et les facteurs déclencheurs de votre motivation.

#5 VOUS ÊTES BLOQUÉ(E), VOUS AVEZ LE SENTIMENT DE NE PAS AVANCER : ARRÊTEZ TOUT !

92% des Français voient un lien direct entre espace de travail et motivation personnelle.

Prenons l’openspace, impersonnel et bruyant, il favorise les sollicitations et les interpellations (« tiens je viens de penser à un truc… », « tu sais comment on fait … » …), comme si l’on était disponible à tout moment. Et les salles de réunion au sous-sol ? C’est certain on ne voit pas le temps passer, puisque l’on ne voit pas la lumière du jour… Au niveau du mobilier, les teintes ternes sont privilégiées car « çà fait plus sérieux pour le client ». Oui, le client sera ravi de venir s’ennuyer dans votre établissement !

La dernière fois que vous avez trouvé la solution à un problème, c’était quand et à quel endroit ? A l’arrêt du bus, que vous attendiez depuis 20 bonnes minutes ? Au volant de votre voiture ? Hier, c’est en vous brossant les dents que vous avez pensé à une façon originale de boucler votre présentation pour le CODIR ?

Le psychologue William J.J. Gordon décrit dans les années 40 (déjà !) les conditions d’émergence de la créativité ou de la résolution de problème : l’absence d’activité « utile » avec une prédisposition à rêver, l’établissement d’une sorte de « liaison métaphorique » et l’apparition d’une « intuition fulgurante ». Gordon cite en exemple la découverte de la structure moléculaire du benzène par le physicien Kekulé : « Je tournais mon siège vers l’âtre et sombrai dans la somnolence. Cette fois encore des atomes tourbillonnaient devant moi (…) De longues rangées se soulevaient d’un même mouvement et se mettaient à onduler comme des serpents. Et voici que l’un des serpents se mordait la queue et tourbillonnait malicieusement à ma vue. ». Kekulé en rêvant à un serpent qui se mord la queue voit la molécule de benzène sous la forme d’une couronne et non plus d’une chaîne d’atomes.

Vos bureaux ne ressemblent pas à ceux de Google ? Faites régulièrement des pauses. Promenez-vous à des étages que vous ne connaissez pas si vous travaillez dans un immeuble. A la pause déjeuner, choisissez des lieux qui vous permettent de sortir de votre quotidien (salle de gym, bibliothèque, parc …). Et si votre management est souple, choisissez le home office au moins une fois par semaine et/ou les espaces de coworking.

Vous êtes toujours bloqué ? peut-être que ce n’est pas le bon moment de prendre telle décision ou de finaliser tel projet. Vous avez encore besoin d’évaluer d’autres hypothèses, procéder à des recherches complémentaires, ou bien digérer la matière que vous avez déjà rassemblée. La clef, et c’est le plus difficile à accepter, c’est de ne rien faire. Prenez un thé, laissez passer un jour ou deux ou bien faites autre chose comme classer des dossiers, ranger votre bureau … Et votre cerveau continuera, en bruit de fond, à élaborer des idées et les étapes de votre projet jusqu’à ce que le résultat émerge !

#6 TACTIQUE DU « SI, ALORS … »

Vous remettez à plus tard ce que vous avez à faire car vous trouvez que c’est difficile, ennuyeux ou encore désagréable ? Et vos projets prennent du retard et vous culpabilisez ? C’est alors que vous vous enfoncez encore davantage en formulant des vœux pieux que nous ne réaliserez jamais « la prochaine fois je m’y mets plus tôt » !

La tactique du « si, alors … » va au-delà du plan d’actions et de la définition des étapes. Il s’agit de décider précisément , quand et par quoi vous commencez.

Si il est 6h30, alors je me lève et je passe à la salle de bain pour préparer ensuite le petit déjeuner des enfants et ainsi nous serons à l’heure à l’école.

Si il est 14h, alors j’arrête tout ce que je suis en train de faire pour m’asseoir à mon bureau et finaliser le rapport que mon boss m’a demandé pour 17h.

C’est lorsque vous commencez à délibérer le moment venu que tout dérape : « est-ce que j’ai vraiment besoin de m’y mettre maintenant ? Ou bien « çà peut encore attendre un peu ? », « peut-être que je devrais faire autre chose à la place ». En décidant en avance où, quand et ce que vous allez faire vous ne laissez plus de place à toute tentative de négociation.

#7 S’INSPIRER, POUR SE MOTIVER SUR LA DURÉE

Nous sommes rarement motivée 100% de notre temps et l’engagement dans la vie professionnelle bat sérieusement de l’aile… Ses dernières années, les études Gallup paraissent et se ressemblent : près de 70% des employés sont « désengagés » ou bien « activement désengagés ».

Les entreprises continuent à proposer des solutions matérielles court terme (bonus quand c’est possible, salle de gym, distributeur d’eau gratuite …). Le fossé se creuse quand les discours contredisent les actes créant des dissonances irréversibles. Telle organisation prône l’agilité et les actions transversales, tout en continuant à privilégier les structures pyramidales et en multipliant les lignes hiérarchiques pour contenter untel … Francis Cholle, auteur et fondateur de The Human Company décrypte ce hiatus par le prisme générationnel et un certain état d’esprit :

Les gens qui sont au pouvoir sont le plus souvent d’une autre génération. Leurs modes de pensées sont façonnées par des décennies d’expérience et de succès et bien sûr le fruit d’une éducation fondée sur une autre vision du monde. Pour réussir dans ce nouveau monde émergeant de façon de plus en plus claire il faut donc pour ces générations antérieures désapprendre pour réapprendre. Cela prend plus ou moins de temps, en fonction des personnalités et des environnements professionnels.

Un moyen d’atténuer ce sentiment de dissonance consiste à approfondir vos centres d’intérêts et à les partager en participant à : des groupes de discussions sur les réseaux sociaux, le réseau social d’entreprise, des groupes de travail transverses, des conférences, des réseaux professionnels, des salons … la balance pourra ainsi s’équilibrer. Et vous étofferez peut-être aussi vos arguments pour accompagner ceux qui ont besoin de désapprendre pour réapprendre !

#8 QUAND TOUT VOUS ENCOURAGE À ACCÉLÉRER, RALENTISSEZ !

C’est parfois grisant de vivre dans le rush et d’avoir plusieurs actions sur le feu. Vous êtes challengé, vous sentez que l’on a besoin de vous et pensez même être productif. C’est probablement une illusion, et vous courrez le risque de perdre de vue vos priorités (Cf. plus haut #1 et #2)…

Selon la sociologue Christine Carter du Greater Good Science Center de Berkeley, paraître très occupé n’est pas forcément un signe d’intelligence, de rang ou de succès. Expérimenter cet état à l’extrême est plutôt un signe de conformisme, d’impuissance, voire de peur.

L’extrême orient observe d’ailleurs avec indulgence ces occidentaux pressés toujours entre deux portes, le pas rapide dans les couloirs des bureaux, 3 dossiers sous le bras, l’air déterminé : signes apparents d’un manque de maîtrise de soi !

Alors ici, je vous propose de vous arrêter 3 minutes. Et vous vous remettrez ensuite « en mouvement » avec une vision et un sentiment plus clair de ce qu’il y a faire.

J’adorerais avoir votre avis sur ces quelques astuces. Et si vous avez d’autres idées pour éviter de procrastiner et se motiver, partagez-les dans les commentaires !

4 réponses à “MOTIVATION, COMMENT TROUVER L’INTERRUPTEUR ?

  1. Procrastiner, travailler dans l’urgence, être surbooké, prioriser…difficile à identifier même si certaines tendances sont plus fortes que d’autres…merci pour ce partage de stratégies, pour cet article hyper complet…je vais faire quelques tentatives d’amélioration à moins que mon fonctionnement avec ses quelques stratégies de détournement me convienne…à tester!!! 😉

  2. A reblogué ceci sur Sweetan'et a ajouté:
    Procrastiner, travailler dans l’urgence, être surbooké, prioriser…difficile à identifier même si certaines tendances sont plus fortes que d’autres…merci pour ce partage de stratégies, pour cet article hyper complet…je vais faire quelques tentatives d’amélioration à moins que mon fonctionnement avec ses quelques stratégies de détournement me convienne…à tester!!! 😉

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